Le Mousso: Création partagée

Rencontre avec Antonin Rivard Mousseau, le chef du Mousso, nouveau restaurant où on sort de sa zone de confort et surtout, où on ne vient pas casser avec sa blonde...

Le Mousso, 1023 rue Ontario, Montréal

Le Mousso, 1023 rue Ontario, Montréal

Lorsqu’on entre dans le nouveau restaurant d’Antonin Rivard Mousseau, on est d’abord frappé par la beauté du lieu: les volumes sont balancés, l’espace respire, le mobilier est à la fois rustique et épuré et sur les murs on ne trouve que les tableaux du grand-père, Jean-Paul Mousseau, membre du mouvement automatiste dans les années 40-50 au Québec et signataire du Refus Global. « On a une collection privé que personne ne voyait jamais, alors on s’est dit qu’on l’exposerait ici. »

La cuisine ici est un atelier de création; je vois notre travail comme du R&D

Au fond de la salle, deux petits dessins à l’encre noire, bien différents des oeuvres colorées pour lesquelles on connait Mousseau. « Ce sont des dessins du temps de l’école des Beaux Arts, des exercices, des esquisses… Je les aime car on y sent mieux le processus de création que dans ses oeuvres. » C’est aussi ce côté work in progress qui attire tout de suite dans l’approche culinaire d’Antonin, sa façon de plonger complètement dans l'acte de conception. « La cuisine ici est un atelier de création; je vois notre travail comme du R&D. Je veux donner de l’autonomie à mes cuisiniers, qu’ils m’aident à développer les plats, qu’ils se les approprient. C’est tellement important d’avoir des gens qui comprennent ta cuisine. »

Rien qu’à voir le compte Instagram d’Antonin, on comprend que sa cuisine lui appartient, qu’il l’investit tant au niveau visuel que gustatif. Mais au-delà du côté très travaillé de ses plats, il y a un désir de partage et de convivialité qui est au coeur du Mousso. Le chef propose en effet une formule peu courante à Montréal, mais qui fera surement de plus en plus d’adeptes: menu fixe de 6 ou 8 services, à prix fixe. « Je veux offrir une expérience, un moment. J’invite les gens à sortir de leur zone de confort. Quelque chose se passe lorsque tout le monde mange la même chose: les gens prennent la première bouchée, il y a un silence, et puis boom, ça part, chacun donne son avis, partage son ressenti. » Pas de petite table de deux ou de quatre d’ailleurs, mais de grandes tablées qui peuvent accueillir près d’une dizaine de personnes. « J’ai vu des clients qui ne se connaissaient pas du tout repartir comme des amis. Mettons que tu viens pas ici pour casser avec ta blonde. » En effet, puisque la cuisine d’Antonin cherche surtout à créer des liens, et non à en briser.

Parlant de lien, Antonin mentionne celui avec le producteur, très important pour lui. « Mon inspiration vient beaucoup des produits du moment. C’est donc important d’avoir un contact direct avec le producteur ». Il cite en exemple Geneviève Sauvé de Fleur en bouche, rencontrée à travers Provender, qui proposait de lui préparer des boîtes personnalisées de ses fleurs comestibles. « Avoir un rapport comme celui-là avec un producteur est un vrai plaisir pour un chef. »

Vers la fin de notre entretien, Antonin me confie: « Ça peut avoir l’air stupide ce que je vais dire, mais je me sens où je dois être en ce moment. » Et cet endroit est à la croisée de la haute gastronomie et de la convivialité, du familier et de l’inconnu, de la création et du chaos. À l’image de cette soirée où, comme touche finale sur les plats, le chef et son équipe déposaient les petites fleurs de Geneviève avec des pinces tandis qu’en salle le système de son crachait du Ol’ Dirty Bastard.

Bienvenu au Mousso.

 

Photos: Emanuel Pinochet