La Rose des Vents: du coeur au ventre

La famille Lacelle-Aubin, à la ferme La Rose des Vents

La famille Lacelle-Aubin, à la ferme La Rose des Vents

Lorsque nous arrivons à la ferme la Rose des Vents sur les coups de midi, l’ambiance est conviviale: toute la famille est attablée dans la cuisine, et le pâté au poulet (maison bien sûr) est déjà entamé. « On mange en famille » indique Diane Aubin, administratrice de la ferme, avant de nous présenter chaque membre de la tribu. Très naturellement, Diane insiste pour nous faire visiter la ferme, et nous montre la salle de découpage, la cuisine où sont préparés les délicieux plats de tourtière, pâtés, saucisses, poulet mariné, etc. Ensuite, le nouvel abattoir, construit il y a deux ans. « L’abattoir nous a sauvé » me dira plus tard Jean-Guy Lacelle, mari de Diane et également propriétaire de la ferme. Grâce à cet abattoir, la Rose a pu réduire ses coûts fixes tout en gardant le poulet sur la ferme. Du poussin au pâté, il y a plusieurs étapes mais aucun intermédiaire, le poulet étant élevé, abattu et transformé sur place. « La première fois que tu travailles dans un abattoir, c’est un choc » confie Diane. Mais la famille est maintenant aguerrie: 1700 poulets par semaine plus tard, ils pensent même étendre leurs activités à d’autres viandes, « du lapin par exemple » précise Diane.

Car il n’y a pas toujours eu que des poulets sur la ferme: wapitis, cerfs rouges, vaches… Mais Jean-Guy a dû restreindre ses activités il y a quelques années suite à une maladie. « Maintenant c’est surtout du poulet, mais on vient aussi d’acquérir 1000 canards de Barbarie, et des pintades. Et des cailles. Mais ça c’est juste pour le fun » lance-t-il, et on sent qu’il y a chez Jean-Guy et Diane, malgré le travail constant et les problèmes rencontrés, une réelle satisfaction à vivre sur la ferme. « Les gens me disent: ‘vous devriez vous acheter un bateau Diane et toi’. Mais je ne les envie pas, moi, ceux qui ont un bateau. Je suis heureux de faire ce que je fais. » 

Un travail qui demande pourtant à être reconnu. « C’est sûr que d’utiliser Provender nous aide pour ça » me dit Jean-Guy. « Ça nous connecte à des restos de Montréal, ça nous donne une visibilité. » Car en effet, manger du poulet du Québec c’est bien, mais savoir qui est celui qui les a élevé, c’est encore mieux. La nourriture est un outil de connection puissant, entre mangeurs, mais aussi -surtout- avec ceux qui nous nourrissent.

Plus tard, tandis que nous sommes à la grange avec Jean-Guy pour rencontrer les poussins, je me demande à quoi ressemblait la ferme il y a 60 ans, lorsqu’elle était administrée par son grand-père. « Ça devait être autre chose en effet! Moi même j’ai connu la fin de cette époque. L’agriculture a beaucoup changé aujourd’hui » conclut-il, mais en le regardant s’éloigner sur son tracteur, je me dis qu’elle n’a pas tant changé: cela prend encore une bonne dose de courage, et de passion.